VILLES MOYENNES,

pivots d’une perspective économique moderne

Dans une économie dont les signaux virent au rouge : baisse de 100 milliards des exportations dont il est à craindre qu’elle contribue à l’érosion de nos parts de marché ; accélération des restructurations dans tous les secteurs pour rétablir les marges des entreprises ; faible impact des perspectives de relocalisations compte-tenu de la prégnance des chaines de valeurs sur la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat des Français ; risques sur les prélèvements obligatoires compte-tenu de la dégradation des comptes sociaux etc. Il est urgent de tracer quelques axes stratégiques qui partent des désidératas des Français, répondent à la fois aux contingences économiques, sociales et environnementales, mais également, tirent le meilleur bénéfice de l’innovation technologique.

Une relance économique fondée sur l’attractivité résidentielle

Une part prépondérante et croissante des Français (entre 70 et 80% selon les études d’opinion) choisiraient de vivre dans des villes moyennes ou des zones rurales s’ils en avaient la possibilité. Cette tendance est constante depuis 5 ans. Elle s’accélère avec les crises. Elle mérite d’être encouragée.

Car, dans une économie dont la part de PIB issue de l’économie présentielle dépasse les 70%, cette tendance constitue un levier majeur pour la redynamisation de nos territoires. Elle relativise à court terme l’enjeu industriel dont la part de PIB dans l’économie est inférieure à 15% et amène à considérer prioritairement l’attractivité résidentielle comme point de départ d’une redynamisation économique.

La redistribution progressive du secteur tertiaire renforce cette tendance

Les perspectives du télétravail renforcent cette évolution. Elles participent également d’une meilleure distribution territoriale de l’économie tertiaire, jusqu’à présent très concentrée dans quelques métropoles. Ce glissement appelle cependant des efforts significatifs en matière de réseaux numériques, de création de tiers-lieux et d’infrastructures de mobilité, en particulier entre les villes moyennes et les métropoles.

Rappel : 60% des entreprises envisageraient d’avoir plus d’1/4 de leurs salariés en télétravail avec une moyenne de 2 jours par semaine (4/7ème de la semaine) – 72% des Français perçoivent le télétravail comme une opportunité géographique.

 

L’investissement privé appelle des garanties sur l’ambition territoriale de l’Etat

La nouvelle distribution géographique qui s’amorce nécessite également une meilleure visibilité de long terme et des garanties de l’Etat sur l’aménagement du territoire afin de pouvoir investir sereinement. C’est la raison pour laquelle la sanctuarisation d’une armature de villes moyennes est essentielle. Elle permet de stabiliser la localisation d’équipements essentiels (hôpital, gare, école etc.), d’encourager les synergies et surtout de sécuriser les investisseurs privés (particuliers et entreprises), mais aussi les collectivités locales.

 

Les circuits-courts stimulent les effets multiplicateurs de l’économie résidentielle

Néanmoins, cette nouvelle économie résidentielle aura un impact d’autant plus fort sur le développement des territoires que ses effets multiplicateurs locaux seront encouragés ; autrement dit, si les résidents peuvent consommer les productions locales, au plus près de là où ils vivent. Il est par conséquent indispensable de développer les circuits-courts pour stimuler les effets d’entrainement de l’économie présentielle sur l’économie productive locale[1].

Les bassins de vie constitués autour des villes moyennes sont la meilleure échelle pour développer ces boucles locales de consommation

Et participent d’une amorce de réindustrialisation dans les territoires

Le développement des circuits-courts doit aussi s’entendre comme un parcours d’apprentissage des producteurs pour agréger davantage de valeurs ajoutées. L’industrialisation du XIXème siècle est née d’une forme d’hybridation entre les acteurs des circuits-courts (artisans, commerçants, agriculteurs etc.) et les machines. La réindustrialisation passera en partie par une nouvelle hybridation entre les circuits-courts et les technologies. Ce levier est fondamental. Il appelle à ce que soient mis en place des dispositifs d’accompagnement et de formation mais aussi des structures d’appui et de financement au plus près des territoires et des producteurs.

L’investissement culturel est indispensable pour développer les avantages comparatifs

Ces dynamiques de développement local seront d’autant plus fortes que l’attractivité culturelle sera renforcée. Il existe de très fortes corrélations entre le développement culturel d’un territoire et sa prospérité générale. Cela joue sur plusieurs paramètres : accroissement du sentiment d’appartenance, encouragement de l’investissement, développement des industries créatives, attractivité résidentielle et développement du tourisme. Les atouts culturels d’un territoire sont le socle de ses avantages compétitifs ; ils caractérisent son potentiel de développement.

 

Des leviers d’emploi très significatifs issus de l’économie de proximité

Depuis plusieurs années, la part d’emploi issue de l’économie de proximité ne cesse d’augmenter, alors que l’augmentation du PIB/h dans les zones métropolitaines s’accompagne d’une dégradation des revenus et de l’emploi. Le taux d’insertion dans l’emploi – jusqu’à Bac +3 est supérieur en province par rapport à l’Ile de France : 82% vs 77% (source INSEE 2020) et confirme la dichotomie villes moyennes/ métropoles en terme d’emploi. C’est à ce niveau que les meilleurs ajustement développement économiques/ formation sont à réaliser.

 

L’urgence d’un programme d’investissement de grande ampleur pour renforcer l’attractivité des villes moyennes

La mise en place d’un programme de renouveau économique autour des villes moyennes appelle par conséquent des investissements de quatre ordres : i) attractivité résidentielle (qualité des infrastructures numériques, installation de tiers-lieux, rénovations type « Action-cœur de ville » dans leur double dimension résidentielle et commerçante, campus connectée, éducation, santé etc.), ii)  développement culturel et patrimonial, iii) déploiement des infrastructures numériques, iv) renforcement des infrastructures de mobilités (zones rurales > villes moyennes > métropoles). Une grande partie de ces investissements doit être pilotée localement et/ou régionalement.

Selon le think tank Infrastructures France, la remise à niveau de l’ensemble des infrastructures nationales françaises couterait 50 milliards d’EUR. La dégradation de nos infrastructures a fortement contribué à la perte d’attractivité de nos territoires. Un grand programme d’investissements dans ce domaine est essentiel. Il serait de l’ordre de 5 Mds d’EUR/région et aurait un effet multiplicateur très significatif[2].

 

L’épargne au service d’un programme d’investissement

Ces investissement structurants pourraient faire l’objet d’un acte II du plan de relance structuré autour de l’attractivité des villes moyennes. Il conviendrait néanmoins d’y associer les Français dans le cadre d’une mobilisation de leur épargne. Une des pistes que nous avons proposé coniste à libérer les plans d’épargne logement en autorisant leurs détenteurs (14 millions de Français) à les utiliser pour abonder des véhicules d’investissements régionaux dédiés aux infrastructures territoriales. Cette évolution aurait un double effet : de long terme sur les investissements locaux, de court terme sur la consommation locale par l’attribution de la prime de 1525 EUR.

 

[1] Inspiré des travaux de Laurent Davezies sur les impacts territoriaux de l’économie présentielle

[2] D’après le FMI, des investissements publics équivalent à 1% du PIB produisent une croissance de 2% la 1ère année et de 2,5% à moyen terme.